Dans cette deuxième saison d'ingénieur en herbe, identité en chantier, nous retrouvons
Lou alors qu'elle termine son M1 cursus agronome en pré-spécialisation CHA.
Entre enseignement, activité professionnelle et engagement, elle confirme certaines de
ses envies, remet en question certaines ambitions, et comprend que devenir ingénieur, c'est
aussi apprendre à faire des choix.
Mais qu'a-t-elle appris ces derniers mois ? Comment s'est-elle impliquée dans sa formation,
en quoi a-t-elle changé, et comment se projette-t-elle ? C'est à ces questions, et bien d'autres,
que nous tenterons de répondre.
Nous vous laissons vous émerger dans son propos.
Que retenez-vous de ces derniers mois, depuis notre dernière entrevue ? Quelles ont été
vos réussites, vos difficultés, ou tout autre chose ?
Je me suis sentie de mieux en mieux dans l'ASPE, on s'est plus rapprochée avec les étudiants
de la spécialité CHA, alors que je me sentais un peu seule dans ce groupe-là au début,
en rentrant de S7.
Donc ça c'est une réussite ? Oui.
Est-ce que vous avez quelques difficultés ? Oui, ça a été très éprouvant sur le
dernier mois pour tenir, parce qu'il y avait de la fatigue qui s'accumulait, et là les
deux dernières semaines ça a été très dur à tenir, mais on était tous dans le même
état d'esprit, on sentait tous la surcharge de travail.
Donc vous nous dites que vous étiez donc en CHA cette année, les apprentissages dans
votre pré-spécialisation ont-ils confirmé vos attentes ?
Alors du coup j'ai découvert d'autres aspects de la spécialité, au début du semestre
c'était plus concentré sur la biologie, l'écologie, et là on a plus vu une approche
côté pêche, côté dynamique des populations exploitées, et du coup c'est un autre aspect
que je connaissais moins, même ça m'intéresse peut-être pour travailler dedans plus tard,
plutôt que travailler en biologie marine directement, enfin plutôt travailler du côté
désarmement de la pêche.
On avait discuté, échangé à plusieurs avec Charlotte et Léo la dernière fois,
vous étiez en recherche de stage chalut, et c'est le fameux stage FLO.
Donc j'ai trouvé in extremis le stage de pêche embarqué, du coup pas sur un chalut,
c'est une pêche aux araignées de mer, donc aux casiers, c'est sympa quand même, j'ai
eu le contact grâce à quelqu'un d'autre de la promo du coup, et voilà donc ça j'ai
trouvé, mais j'ai toujours pas trouvé mon stage FLO.
Voilà donc là j'ai des pistes, parce que j'ai envoyé une trentaine de candidatures,
j'ai eu à peu près une vingtaine de réponses négatives, donc je continue tous les jours
d'envoyer des candidatures, voilà mais c'est extrêmement difficile parce que toutes les
entreprises elles donnent la même réponse, c'est que soit elles ferment soit elles fonctionnent
à régime ABC l'été, en fait sur juillet et août.
Il faut que vous l'ayez validée en rentrant en N2 ou ?
Oui, il faut que je l'aie validée avant fin août, donc c'est ça aussi, c'est une grosse part de stress.
Construire son identité d'ingénieur, c'est aussi apprendre à nourrir sa curiosité.
À quel point vous êtes-vous sentie impliquée dans votre formation cette année ?
On a été très impliquée parce que du coup on a dû faire beaucoup de projets en groupe,
des projets sur des temps assez restreints, puis je sens aussi que j'ai plus de connaissances
sur tout le côté pêche du coup.
Quel est le concept ou la méthode que vous ne connaissiez pas auparavant ?
Est-ce qu'il y a quelque chose, une méthode ou un contenu que vous avez dit « waouh » ?
Non, il n'y a rien de spécial qui a changé en tout cas par rapport au L3,
je trouvais que c'était un peu plus innovant en Irlande quand j'étais en Erasmus.
Alors ici il y a quelque chose quand même, c'est que du coup par rapport au projet de
médiation animale, j'ai des enseignants qui ont accepté d'accueillir du Aster dans leurs cours,
ça c'est quand même quelque chose d'assez nouveau et ça amène plein de points positifs.
Du coup Aster c'est ma Golden Retriever, elle a 8 mois maintenant,
j'aimerais bien faire de la médiation animale avec elle, donc ça c'est un projet.
Donc ça c'est un projet aussi que j'ai porté un petit peu à l'école et j'ai fait différentes
présentations et c'est arrivé au point où Aster peut venir en cours du coup si les enseignants
acceptent. Et donc elle est venue en cours de chat, un cours d'italien et deux cours d'économie
de l'environnement. Et du coup ça a apporté déjà beaucoup de joie aux étudiants qui étaient
contents de faire une caresse à Aster quand elle passait, ou alors juste de la voir, de la regarder
dormir, voilà. Et aussi j'ai remarqué que ça favorisait la communication aussi entre les
étudiants, avec les enseignants. Qu'est-ce que vous apporte Aster quand vous entrez dans les
cours avec ? Elle m'aide à focaliser mon attention en fait sur elle et du coup ça fait que je suis
moins perturbée ou déconcentrée par tout ce qui se passe autour ou qui pourrait m'empêcher de me
concentrer pendant les cours. Donc Aster n'est pas un concept ni une méthode, plutôt un projet.
Oui. Développement de projet. Construire son identité d'ingénieur, c'est aussi apprendre à
transformer chaque expérience en apprentissage. Qu'avez-vous appris et que vous pourriez
transmettre ces derniers mois ? Là j'ai continué de développer mon activité du coup de pet-sitter,
j'ai fait beaucoup de pet-sitting. C'est un peu l'auto-entreprenariat en fait, parce que
maintenant je ne passe plus par des plateformes, je suis quasiment à mon compte en fait, parce que
c'est moi qui fais ma pub et je ne suis plus sur des plateformes. Et puis ça demande beaucoup
d'organisation aussi, des sacrifices, ça m'aide de la fatigue parce que je fais ça en plus des
cours. Donc peut-être dans la gestion seule en fait d'une affaire comme ça ou d'un business. Mais
sinon que je pourrais transmettre, que j'aurais appris à l'école, à part les cours il ne s'est
pas passé grand-chose. Je reprends ma question de tout à l'heure. Ce que vous avez appris et que
vous pourriez transmettre ces derniers mois, c'est les fameux invertébrés marins. Est-ce que c'est
une connaissance suffisante que vous avez pour vous dire aujourd'hui tiens je pourrais transmettre
quelque chose ? C'est vrai que là à chaque fois qu'il y a eu un petit peu des parties dans les
oraux à faire où il fallait parler un petit peu des invertébrés marins, c'est vrai que c'est moi
qui les faisais et j'ai bien aimé quand même le faire. Est-ce que vous avez un savoir, une
compétence transversale ou une compétence technique ou scientifique que vous retenez de
cette année, que vous avez développé, mis en oeuvre, peut-être acquise ? Toujours dans la gestion de
projets mais des projets différents. Là cette année on a dû mener des projets en équipe mais
du coup plus scientifique. Je pense en fait au CPI, à la conduite de projets innovants. Pour nous ça
s'est pas très bien passé parce que ni nos tuteurs, ni personne était satisfait de ce qu'on
a fait, ni nos commanditaires. Ça a été un peu un échec du coup ce CPI pour nous. Ça a amené
beaucoup de déceptions, mis à part l'évaluation finale. En fait nous on a très bien vécu le
projet, moi en tout cas j'ai très bien vécu le projet, j'ai appris plein de choses, surtout des
techniques de laboratoire, c'était très expérimental, il fallait traiter des grosses bases de données.
On s'est un petit peu perdu, il y avait tellement de données à traiter que le commanditaire nous a
chargé la mule. Il y avait un terrain à exploiter. Donc toujours sur le management de projets mais
plus scientifique. C'est vrai que ça me marque tous les modules qu'on a eu ce semestre-là,
qui sont plus spécifiques par rapport à mes intérêts que ceux de L3, même si je les ai
aussi retenus. Du coup je suis contente parce que ce n'était pas forcément des modules comme la
gestion des pêches ou la dynamique des populations. Ce sont des modules qui me faisaient un petit peu
peur, mais en fait finalement je me rends compte que j'ai appris plein de choses et que même après
le partiel, ça va rester. Qu'est-ce qui faisait que ça vous faisait peur ? Parce que c'est très
technique, il y a beaucoup de détails et parce que le polycopier de dynamique des populations
était très épais. Construire son identité d'ingénieur, c'est aussi apprendre à faire des
choix. C'est quoi le sujet que vous souhaiteriez approfondir dans le futur ? C'est le sujet sur
les invertébrés marins, je reste sur ça. Parce que c'est vrai qu'on a eu quelques points sur ça
dans les cours, pas comme je l'aurais voulu. Enfin j'aurais voulu qu'on en parle plus. Ça veut dire
que l'an prochain vous attendez à avoir plus de l'enseignement sur les invertébrés marins ou c'est
plutôt une recherche de stage en lien avec les invertébrés marins ? Oui c'est plutôt une recherche de stage parce que
par exemple du coup j'ai quand même parmi toutes mes réponses négatives pour le stage de FLO,
j'ai quand même eu des réponses positives, potentiellement positives, parce que c'est trop
tôt maintenant pour faire une convention. Mais pour le stage de Cursus, pour le coup j'ai trouvé
dans un bureau d'études qui travaille sur le littoral et les écosystèmes côtiers, et qui
travaille spécifiquement aussi en partie sur les invertébrés marins. Donc je vais bloquer mon stage là-dessus.
Qu'est-ce qui a changé selon vous entre cette année et l'année passée ? Votre façon d'envisager les études ?
Je pense que j'ai un petit peu lâché prisque sur les études et sur mes ambitions. Je me suis dit
que j'allais arrêter de faire des études ou n'importe quoi en fait juste pour la gloire ou parce
que c'est le meilleur truc, parce que c'est excellent, et que j'allais plus me concentrer sur ce que je
voulais vraiment et sur ce qui m'allait. Par exemple je me suis beaucoup fait la réflexion d'avoir accepté
d'aller en prépa en fait alors que c'était pas pour moi. J'ai regretté et je me suis dit je
ferai pas la même erreur pour la thèse, donc je vais pas me lancer dans une thèse si j'en ai pas
vraiment envie. On a aussi une conférencière qui nous a parlé justement de ça en analytique, qu'elle
avait abandonné sa thèse, mais elle nous a dit qu'aujourd'hui c'était plus mal vu d'abandonner
sa thèse. Donc moi je me suis dit que je me mettrais pas la pression sur ça.
Quand vous dites ça, ça veut dire que vous allez commencer une thèse ou que vous allez complètement revoir votre projet professionnel ?
Je vais revoir mon projet professionnel du coup plus... Enfin dans un premier temps en tout cas, finir mon master 2 et travailler,
et puis si c'est possible après de faire une thèse.
Donc prioritairement vous viseriez quoi comme métier ? Vous avez une idée de ce que vous voudriez faire ?
Oui du coup via les recherches de stages aussi j'ai vu qu'il y avait beaucoup de bureaux d'études dans l'environnement
et du coup travailler en bureau d'études sur les écosystèmes marins. Là où j'ai envie de faire mon stage de M2 du coup c'est à Saint-Malo, donc il est vilaine.
Construire son identité d'ingénieur, c'est aussi apprendre à redéfinir son projet.
Depuis que vous êtes rentrée, quel équilibre avez-vous pu mettre en place entre vie privée et vie scolaire, entre guillemets, ou vie d'étudiante ?
Comment avez-vous géré ça ?
Comme j'ai beaucoup de projets à financer personnellement du coup ça veut dire que j'ai mis plus l'accent sur le travail, sur le pet-sitting du coup,
tout en gardant quand même un minimum pour valider quand même parce que ça serait dommage de redoubler à cause de ça.
Donc j'ai réussi à concilier les deux mais au prix d'une énorme fatigue et de beaucoup de retard de sommeil et de beaucoup de pauses de midi sacrifiées aussi.
Et donc ça s'est un petit peu déséquilibré, ça a été dur aussi pour moi de lâcher un petit peu prise sur les cours parce que je suis très perfectionniste
et j'aime bien avoir les notes maximales et là je me suis dit que pour avancer dans mes projets personnels il fallait que je travaille, que je gagne de l'argent.
Donc j'ai accepté de réduire mes attentes en termes de notes mais ce je valide quand même, j'ai pas de rattrapage.
D'accord, donc qu'est-ce que ça vient dire ?
Ça vient dire que je relativise un petit peu et je sais qu'en fait les connaissances c'est pas que réviser pour le partiel, c'est aussi s'intéresser au sujet et retenir sur le long terme.
Donc c'est vrai parce que j'ai pas révisé tous les détails du cours pour le partiel que j'aurais pas travaillé assez.
Là on est plus dans un contexte de concours donc il faut pas avoir les meilleures notes, c'est pas nécessaire.
Quelle est la chose la plus importante que vous allez entreprendre dès à présent ?
Dès à présent comme je disais j'ai beaucoup de projets et j'avais besoin d'argent pour ça et donc ça y est j'ai enfin acheté ma harpe.
Donc j'ai acheté une harpe, j'ai travaillé dur pour me l'acheter et je la récupère dès aujourd'hui.
Ça a été au prix de beaucoup de stress, beaucoup de pauses sacrifiées en fait.
Construire son identité d'ingénieur c'est aussi apprendre à prendre sa place.
Quelles sont vos perspectives pour l'année prochaine ? Quelles sont vos échéances, vos enjeux et vos attentes ?
Je sais que je vais devoir me préparer parce que le M2 ça va être exigeant en termes de travail.
Maintenant peut-être que je vais un petit peu calmer sur le pet-sitting en M2 parce que de toute façon c'est pas une activité que je vais continuer quand j'aurai un salaire.
J'ai passé la certification du coup avec Aster, le CSAU, c'est le certificat d'aptitude pour la médiation animale.
Ça c'est un projet du coup en octobre.
Puis m'investir dans l'association Mille et Une Pâtes pour faire de la médiation animale dans différents établissements.
Des établissements immères, des collèges, des EHPAD et des hôpitaux.
Réussir mon M2.
Vous étiez élue dans des instances cette année ?
Oui j'étais élue représentante CEVE.
J'ai participé à une journée de séminaire CODIR, c'était très intéressant.
J'ai appris un petit peu plus sur le fonctionnement et comment en fait c'était arbitré au niveau de l'école, comment étaient prises les décisions.
Et je suis contente aussi qu'on ait participé à ces prises de décisions et qu'on ait pu donner notre avis.
On a été écouté, on a pris le temps de nous écouter.
Je ne m'attendais pas moi en fait à ce qu'on soit aussi bien écouté.
Et ensuite il y a eu quelques réunions, donc il y a eu trois CEVE pour l'instant.
On a pu là aussi prendre des positions sur des sujets et les défendre.
Donc moi je me suis sentie engagée dans cette mission-là.
Comment vous vous êtes sentie engagée ?
Notamment du coup par rapport à l'externalisation des LV2.
On s'est soutenues entre élus CEVE et on a monté un questionnaire qu'on a fait passer aux étudiants.
Et on a pu avoir des résultats qu'on a pu présenter en CEVE.
Et du coup le résultat c'est que pour l'instant l'italien n'est pas externalisé.
Il n'a pas été concerné par l'italien, il y a aussi le portugais et l'allemand.
Nous laissons Lou repartir dans sa vie le temps d'un été,
avant de revenir pour sa troisième et dernière année à l'institut agro Rennes-Angers.
Lou nous raconte qu'acquérir des savoirs, devenir ingénieur, c'est apprendre à mieux se connaître.
C'est accepter de revoir certaines ambitions, de faire des choix parfois inattendus
et de construire un parcours qui corresponde à ses besoins autant qu'à ses compétences.
Elle nous interroge sur la performance et les enjeux autour de la réussite.
Et pose les questions suivantes.
Et vous qui nous écoutez, en quoi ce propos fait-il écho avec vos propres parcours,
qu'ils soient professionnels ou personnels ?
En attendant, rendez-vous dans notre prochain épisode
où les parcours se façonnent et les esprits s'affluent.