Nous retrouvons Charlotte alors qu'elle finit son M1 cursus agronome dans sa pré-spécialisation.
Entre recherche, enseignement et monde professionnel, nous avons cherché à la questionner sur
sa formation, ses apprentissages, ses attentes et ses perspectives.
En effet, qu'est-elle appris ces derniers mois ? Comment s'est-elle impliquée dans
sa formation, en quoi a-t-elle changé et comment se projette-t-elle ? C'est à ces
questions et bien d'autres que nous tenterons de répondre.
Nous vous laissons vous immerger dans son propos.
Que retenez-vous de ces derniers mois ? Quelles ont été vos difficultés, vos réussites
ou autres ?
La première chose qui me vient, c'est la délégation, quelque chose que j'ai appris
à faire ces derniers mois.
On a eu beaucoup de projets à finaliser, ça a été beaucoup, beaucoup de travail.
Donc là, heureusement, on est dans une période de creux, c'est la fin des cours.
Ces derniers mois ont été assez fatigants.
J'ai appris vraiment à laisser le reste des personnes qui composent l'équipe à
prendre en main certaines choses et moi, à faire moins de travail et être pas forcément
la personne qui est la plus impliquée, mais des fois, pour le bien mental, c'est important.
Quand on est très impliqué, quand on a fait tout à fond toute sa vie, pour moi, c'est
quelque chose de très important.
Ça, c'est quelque chose que j'ai appris et qui est, je pense, très formateur pour
les prochaines années dans toute ma vie.
J'ai vraiment l'impression d'avoir couché une petite case dans la liste des compétences
d'adultes, en quelque sorte.
Est-ce que vous avez rencontré des difficultés ?
Justement, je pense qu'en lien avec la délégation, c'est que j'ai pas passé loin du surmenage
et presque du burn-out.
J'étais vraiment très, très impliquée et au point où je travaille tous les soirs,
j'y pense tous les soirs.
Ou sinon, juste, c'est ça, quand je rentre à la maison, j'y pense encore et j'aime
pas ça.
Franchement, c'est super difficile et c'est un truc que j'ai hâte de quitter quand on
sera diplômée.
C'est de ne plus avoir de travail quand je rentre à la maison.
J'ai beaucoup appris sur moi, comment prendre soin de moi pour éviter le surmenage, mais
aussi en restant impliquée et en restant la personne que les gens apprécient.
La formation, les apprentissages dans votre pré-SP, ont-ils confirmé vos attentes ?
Oui, parce que justement, au dernier épisode, j'évoquais le fait que j'avais l'impression
que la recherche n'était pas faite pour moi.
Finalement, j'ai décidé ces derniers mois de changer de SP.
Je suis partie de la SP écologie et recherche, ESEE, à GE, Génie de l'environnement, la
sous-spécisation PAMEC, Protection, Aménagement des milieux écologiques quantitatives.
En gros, c'est ingénieur en écologie plutôt que chercheur en écologie.
Et pour moi, ça fait une grosse différence.
Je suis très contente de ça.
Donc ça, c'est vraiment le gros changement.
Et je pense que ça a confirmé le fait que j'ai besoin de travailler dans pas longtemps
et que j'ai envie de me retrouver un peu plus sur le terrain, en équilibre avec des
gens.
Et même s'il y aura peut-être plus d'administratifs, je pense que chercheurs m'auraient peut-être
justement trop surmenée ou ne m'auraient pas répondu complètement à mes attentes.
Après, tout dépend des opportunités.
Si jamais un jour, il y a quelqu'un qui me donne une opportunité de thèse ou quelque
chose comme ça, d'un sujet qui me passionne, je pense que je pourrais sauter dessus.
Je me laisse les portes ouvertes.
À quel point vous vous êtes sentie impliquée dans votre formation ?
Pendant le Master 1, vu qu'on est plus spécialisé par rapport à l'année dernière, forcément,
de fait, on demande plus d'implication.
Nous, on va plus s'impliquer parce que c'est des sujets qui nous intéressent un petit
peu plus.
On se sent vraiment plus impliquée.
L'année dernière, il y avait des matières qui ne m'intéressaient pas spécialement.
Mais cette année, l'implication, elle a une autre forme parce que c'est quelque chose
où on sent qu'on n'est pas loin du diplôme, que ça se rapproche et que, aussi, les différentes
matières qu'on a, elles sont plus proches de ce qu'on aime et on sent que ces matières-là
sont formatrices, plus proches de la vraie vie.
On sent ce qui est concret derrière un travail de groupe, on sent ce qui va être utile.
C'est ça qui fait que l'implication n'est pas la même, c'est que ce n'est pas un simple
projet avec un diaporama qu'on présente devant toute la classe.
Au-delà de ça, on transfère des connaissances au reste de la classe parce qu'on a travaillé
sur des sujets différents, souvent.
Mais nous, on apprend à les présenter, on apprend à travailler en groupe.
Vraiment, je me sens beaucoup plus proche du monde professionnel.
Il y a un enseignement ou un module qui vous a particulièrement marqué ?
Oui, c'est le module optionnel « Les ingénieurs et la recherche ». Je l'ai choisi pendant
mon S7, pendant mon semestre d'études à l'étranger, en novembre-décembre, quand
je n'étais pas encore sur le campus.
Je l'avais choisi en pensant que ça m'aiderait à m'orienter parce que j'hésitais toujours
entre ingénieur et chercheur et ça m'a beaucoup aidée.
J'y suis allée alors qu'à ce moment-là, j'étais encore en EFCE et je pensais partir
en PAMEC et je me disais que ça allait me servir à rien parce que c'était que sur
la recherche.
En fait, pas du tout parce que rencontrer des chercheurs, rencontrer des personnes qui
travaillent justement dans l'organisation des UMR dans toute la Bretagne, ça m'a permis
vraiment de comprendre ce qui me plaisait ou pas, ou en tout cas d'avoir un aperçu,
de rencontrer des gens qui travaillent là-dedans tous les jours et de concrétiser à quoi
ressemble le métier de chercheur.
Au-delà de faire un choix, il faut savoir ce qui nous attend derrière.
Ça m'a vraiment beaucoup aidée et ça m'a permis vraiment de conclure sur mon envie
d'être plutôt ingénieur en écologie parce que les gens étaient super intéressants
et tout ça, mais ça ne ressemblait pas vraiment à ce qui me plaisait.
Mais j'ai appris tellement de choses.
Je suis hyper contente d'avoir pu faire ce module-là.
Quel concept ou méthode ne connaissiez-vous pas auparavant et que vous avez appris ?
J'ai appris à comprendre comment fonctionnait la recherche en France et ça, je pense que
c'est quelque chose d'intéressant et d'important de savoir comment ça fonctionne.
J'ai appris à avoir du recul, à être critique.
J'ai réalisé qu'un article scientifique, on dit « oui, les scientifiques ont découvert
ça » et nous, quand on parle avec quelqu'un, on va dire « oui, tel chiffre prouve telle
chose », etc.
On a juste une discussion comme ça en disant, je ne sais pas moi, quel est le pourcentage
par exemple de femmes touchées par l'endométriose.
Un truc du genre 40% des femmes qui ont l'endométriose ne le savent pas, par exemple, je pense d'ailleurs
que c'est plus.
Le chiffre n'est pas bon, mais c'est l'idée, c'est qu'on sort des chiffres
comme ça, mais en fait, le chiffre repose sur une analyse scientifique, peut-être même
sur une méta-analyse.
Je me dis des fois, c'est des humains comme nous qui sont capables de faire des erreurs.
J'ai vraiment appris que la connaissance scientifique, elle repose sur aussi des vieilles
archives et des fois, je pense que c'est important justement de refaire des expériences
pour avoir des bases qui sont vraiment fiables parce qu'en fait, quand on lit un article
scientifique, quand on regarde la bibliographie, on est relancé sur un autre article qui est
fondateur vis-à-vis du sujet qu'on lit et en fait, cet article fondateur, il repose
sur un autre article fondateur qui date de 1925 et on se dit, ça revend à vraiment
longtemps.
Des fois, je pense que c'est important d'avoir du recul par rapport à la connaissance scientifique
parce qu'on est tous humains et c'est possible qu'il y ait des erreurs et lire
une bibliographie et revenir vraiment dans les fondements de la recherche, ça m'a vraiment
appris à me rendre compte que c'est une histoire en fait, une histoire scientifique.
La formation que vous avez vécue ces derniers mois, vous a-t-elle rappelé des expériences
passées ?
Alors forcément, les cours qu'on a nous permettent de mobiliser des choses qu'on
a apprises typiquement pendant le semestre d'études à l'étranger.
Par exemple, là, j'ai un module qui s'appelle « Analyse de la biodiversité ». C'est
un module qui parle de protocoles, de récolte d'échantillons, d'inventaires, naturalistes,
ce genre de choses.
Forcément, ça nous renvoie un peu sur le terrain et c'est sympa en fait de pouvoir
retrouver ce qu'on connaît déjà et vraiment, c'est pour ça que je trouve que le semestre
d'études, en tout cas le stage à l'étranger, c'est très très formateur parce que ça
nous met vraiment dans la vie professionnelle, on rencontre des gens.
C'est pour ça aussi que j'ai choisi un stage, c'était pour me retrouver dans le
monde professionnel et rencontrer des gens différemment de l'université où on est
tous des étudiants pas finis.
Là, c'est intéressant de pouvoir mettre en application des concepts qu'on ne connaissait
pas du tout.
Puis, c'est assez marrant l'espèce de décalage qu'on a au semestre suivant, là le semestre
que je suis en train de faire, où on étudie des trucs en statistiques où je me suis dit
« Ah non, mais j'aurais pu trop faire ça pendant mon stage et j'ai pas pu parce que
je connaissais rien ».
Ouais, j'ai eu un espèce d'aller-retour en fait dans mes souvenirs où je me dis « Ah
non, c'est vrai, là j'étais là, j'aurais pu faire ça et puis ah, j'avais déjà fait
ça, ça je connais, c'est marrant ».
Tout vient se compléter un peu, un peu comme un petit puzzle.
Après cette année, ça serait quoi les sujets que vous souhaiteriez approfondir ?
Pour répondre d'une manière pragmatique, l'analyse de données sur système d'information
géographique.
C'est vraiment très terre-à-terre comme réponse, mais dans ma filière, en protection
des milieux et en écologie, on nous demande d'utiliser des logiciels d'information géographique,
donc QGIS par exemple.
C'est un logiciel qui ne demande pas spécialement beaucoup de compétences, mais je pense qu'il
faut beaucoup s'entraîner dessus.
Et du coup, j'ai vraiment envie de développer ça parce que j'ai vu plein d'offres d'emploi
sur Réseauti par exemple, qui est une sous-branche de l'APCETA.
C'est un réseau qui permet de trouver des emplois en ligne dans n'importe quelle filière,
qui touche en tout cas à l'agriculture et à l'agronomie.
Et partout, dans tous les jobs sur la biodiversité, l'environnement de manière générale, ils
demandaient toujours des compétences en QGIS, donc je me suis dit « Oh là là, faut vraiment
que je travaille ça ».
J'ai pris des modules cette année qui me permettent d'étudier, mais je ne me sens
pas du tout au point encore.
J'ai vraiment envie d'approfondir ça parce que c'est quelque chose qui est très demandé
et qui est très important parce que ça permet de faire des cartes et d'analyser plein de
données qu'on récolte.
Et en fait, n'importe quelle donnée peut être analysée sur QGIS, donc ça peut être
hyper intéressant.
La chose la plus importante pour moi, ce serait de trouver un stage pour l'année prochaine.
La recherche de stage de fin d'études, c'est quelque chose de gros parce que c'est la dernière
ligne droite.
C'est un truc que je n'ai pas envie de rater.
J'ai envie vraiment d'aller au bon endroit, même si je pense que je pourrais faire plein
d'autres choses dans ma vie plus tard.
Mais c'est vrai que le fait d'avoir en quelque sorte la protection de l'école avec des conventions
de stage, et comme je ne veux pas faire césure, là c'est vraiment mon dernier stage.
Donc la recherche de stage, c'est quelque chose d'hyper important.
J'ai envie de m'y mettre maintenant, mais le problème, c'est que les gens me disent
tous « oui, recontactez-vous dans peu de temps, parce que là, vous y prenez trop tôt ».
Et pour l'instant, on a juste du stagiaire, on ne sait pas où est-ce qu'on en sera d'ici
février 2027.
Donc attendez.
Du coup, je mets mon énergie dans l'emploi de cet été, mais là, la chose qui arrive,
c'est ça.
Dans la même lignée, quelles sont vos perspectives pour l'année prochaine, vos enjeux et vos
attentes ? Les enjeux, j'ai bien compris, c'est la recherche de stage, trouver un stage.
Mais les perspectives de l'année prochaine et les attentes ?
Les attentes, j'espère.
Les modules que je vais étudier au début du semestre 9, donc le semestre prochain de
septembre 2026 à janvier 2027, j'espère que ce qu'on va étudier, ça va vraiment
m'intéresser et j'espère que je n'ai pas fait de mauvais choix.
Après, il n'y a pas de mauvais choix.
J'espère que je n'ai pas regretté mon choix.
Oui, j'aimerais pouvoir trouver exactement ce qui me plaît, mais avec le temps, je commence
à me rendre compte que c'est en forgeant qu'on devient forgeron.
C'est en faisant des expériences et en rencontrant des gens, en juste en travaillant dans un
milieu, qu'on apprend si ça nous plaît ou si ça ne nous plaît pas.
Et j'essaie de sortir un peu de cette idée que je vais tomber sur l'humilité de mes
rêves et que je ne vais jamais en sortir.
Peut-être que ça a changé plusieurs fois dans ma vie et il faut que je m'y fasse,
je pense.
C'est ça qui est assez difficile à changer dans mon état d'esprit, parce qu'il faut
que j'apprenne à juste vivre les choses telles qu'elles sont, apprendre des expériences
que j'ai sur le moment, sur le présent, et puis ensuite que ça me lance encore plus
loin plus tard et que je ne suis pas obligée de rester 20 ans dans le même bureau d'études
ou dans la même association si j'ai envie d'appeler plus ou si j'ai envie de changer
d'équipe, de voyager, il faut que je me laisse des portes ouvertes.
Je pense que c'est le plus important, c'est que quelle que soit la forme du métier plus
tard, le plus important c'est que ce soit formateur pour moi et que je ne me mette pas
sur les rotules.
Vous l'avez évoqué en début de discussion, comment avez-vous équilibré vie personnelle
et vie scolaire ?
Alors, je ne dirais pas que c'est encore très équilibré, mais c'est sûr que c'est
quelque chose que j'apprends à faire parce que j'aime bien avoir ma petite routine de
la semaine, en tout cas j'ai un peu un schéma de mon emploi du temps idéal dans la semaine.
Pour équilibrer déjà, il y a quelque chose qui m'avait beaucoup manqué, le fait de
pouvoir marcher pour aller à l'école.
Ça c'est un truc qui a été vraiment un gros changement, mais un gros changement positif.
Vraiment le fait de ne pas habiter sur le campus et d'avoir 20 minutes de marche pour
aller à l'école, pour moi c'est un gros changement et c'est super agréable parce
que le matin il y a vraiment un temps de décompression, une espèce de transition entre
l'appartement et l'école, dans les deux sens, de l'école à l'appartement, et ça
permet vraiment de brasser, peut-être d'appeler quelqu'un qu'on n'a pas l'habitude d'appeler,
de la famille en général.
Pour moi c'est vraiment quelque chose d'important, vraiment en termes d'équilibre, ça me permet
vraiment d'être stable et c'est quelque chose que je ne veux pas oublier pour mon
avenir et mon travail plus tard, c'est qu'avoir une mobilité, rien qu'avoir au moins 7 000
pas par jour juste avec mes trajets quotidiens, c'est génial, moi ça me fait vraiment du
bien.
Au naturel, j'aime bien écouter les oiseaux, j'entends les oiseaux chanter le matin, ça
va être un peu profond, mais vraiment, les oiseaux quand ils chantent on dirait qu'ils
sont heureux de vivre et ça donne envie de vivre, donc pour moi ça c'est une grosse
partie de mon équilibre personnel et professionnel du coup, et ensuite le week-end j'essaie
vraiment de faire autre chose, de partir, profiter avec mes amis.
Moi j'ai un contrat avec une femme qui est propriétaire d'un cheval et ça me permet
d'aller voir un cheval, c'est bête mais juste pouvoir aller à la campagne en vélo
au moins une fois par semaine et faire 40 minutes de vélo, c'est hyper bien, ça permet
d'oxygéner le cerveau, penser à autre chose, d'aller voir un autre être vivant parce
que les chevaux ils n'ont pas de problème dans la vie, si ce n'est ne plus avoir de
faim, donc c'est génial.
Pour moi, la vie professionnelle, on peut beaucoup la subir, donc c'est important d'avoir,
pour équilibrer justement, c'est d'avoir une vie personnelle qui est bien stable, voilà,
c'est pour ça aussi que je cherche un emploi souverain cet été, c'est que j'ai envie
de garder ma stabilité avec un emploi du temps professionnel qui est posé et comme
ça moi je m'arrange.
Comment vous voyez, Charlotte, entre aujourd'hui et votre entrée à l'école, qu'est-ce
qui a changé ?
Déjà, je me guéris petit à petit des concours en prépa parce que j'étais venue en prépa
en pensant faire véto et j'ai fait 5,5 et je n'ai pas eu de concours une deuxième
fois et donc je suis arrivée en L3 en me disant je ne sais pas à quoi m'attendre
parce que je voulais véto, je voulais un métier, une filière, mais on va en école
d'agronomie, c'est énorme tous les métiers qu'on nous propose et on peut faire tout
et n'importe quoi et même en étant ingénieure agronome, on n'est pas voué à faire ingénieur
agronome toute sa vie, on peut faire complètement autre chose qui est entre guillemets quelque
chose qui n'a rien à voir, c'est très large, donc j'étais un peu perdue.
À nouveau, j'imaginais retrouver une passion pour un métier imaginaire comme pour véto,
le soin des animaux, parler avec des propriétaires, rendre des personnes heureuses, c'était
ce qui m'animait.
Là, j'ai dû changer complètement et me refaire, me réinventer une vie, me réinventer
un métier de rêve et en fait j'ai compris que je n'ai pas besoin de m'inventer un métier
de rêve parce que ça change tout le temps, que justement j'ai le droit de changer, pas
obligé de rester toute ma vie dans la même chose, donc je pense que je suis un peu moins
perdue et ça fait vraiment du bien de pouvoir le dire, plus adulte, proche de la vie professionnelle
et que j'attends avec hâte, donc je suis contente parce que je me sens un peu plus heureuse
chaque jour et un peu plus en accord avec mes valeurs, mais je suis contente et je pense
que ça c'est une des choses les plus importantes, c'est savoir se remettre en question et savoir
changer et savoir mettre de la nuance et pas être extrême, quelles que soient les valeurs,
toujours rester ouvert.
J'ai appris pas mal de choses en tant que personne, en tant qu'humaine, mais aussi par rapport à mon métier plus tard.
Si vous deviez vous définir ces derniers mois, c'est quoi le savoir que vous retenez,
c'est quoi la compétence transversale, la compétence scientifique, la compétence technique
qui vous caractérise aujourd'hui ?
J'ai appris à laisser de la place aux autres et à être moins dure avec moi et avec les
autres, à être plus flexible, mais être plus souple, avoir moins d'attente.
Je laisse plus de place aux autres et j'ai l'impression d'être plus à l'écoute.
Je garde l'empathie que j'ai de base, je suis déjà quelqu'un de très empathique
et d'émotif, mais là, sans m'oublier, j'apprends à laisser les autres s'exprimer
et donner leur avis et j'arrive à comprendre un peu mieux que des personnes et d'autres
avis et d'autres points de vue, parce qu'ils ont des histoires qui sont différentes, des
personnalités qui sont différentes, et c'est ça qui forge la personne qu'on est aujourd'hui.
Je trouve que c'est une sorte de chemin vers la tolérance et vers l'amour des humains.
Au lieu de tout ce que vous m'avez dit, de tout ce que vous me dites au fur et à mesure
des entretiens, de tout ce que vous avez vécu ces derniers mois, quelle serait la compétence
technique et ou scientifique acquise, importante, qui a du sens, qui fait du lien avec votre
futur métier, même s'il n'est pas très clair ?
Scientifique et technique, je peux dire que j'ai peut-être un meilleur point de vue sur
l'écologie, sur les inventaires naturalistes, mais c'est très flou.
C'est sûr que j'ai commencé à apprendre à utiliser des SCG, j'ai des logiciels pour
faire des cartes, j'ai commencé à l'apprendre et je suis très contente de l'avoir fait.
J'ai pu découvrir des protocoles pour mesurer des débits dans des rivières, on a pu aller
dans des ruisseaux avec un train, j'ai appris à mettre un waters, j'ai appris à descendre
dans un ruisseau parce que les berges étaient un peu immergées il y a quelques jours avant
notre relevé, donc du coup on avait pas mal de boue, et j'étais la première à me lancer
à mettre dans le ruisseau pour pouvoir faire des mesures, j'ai mis le waters et j'ai glissé
sur la boue, et je suis tombée dans l'eau, et l'eau est rentrée dans le waters, mais
du coup j'ai appris qu'en fait, il ne faut pas se lancer dans l'eau comme ça parce que
sinon on glisse.
D'accord, mais c'est quoi un waters ?
C'est une sorte de, ouais, des bottes qui remontent jusqu'au cou, quoi, et ça permet
de ne pas se mouiller quand on va dans l'eau, sauf que moi je suis tombée, et vu que je
l'ai allongée de mon long, l'eau est rentrée quand même, donc là, compétences techniques
j'ai appris à utiliser un waters et à faire des relevés d'hydrométrie.
Qu'est-ce qui fait, Charlotte, que ça soit plus facile pour vous d'évoquer des compétences
psychosociales plutôt que des compétences techniques et scientifiques ?
Je pense que je ne suis pas certaine d'avoir vraiment acquis des compétences scientifiques
et techniques parce que je ne me sens pas légitime de dire que je maîtrise une compétence
alors que plus j'apprends, plus j'apprends, plus je grandis, plus je ne comprends rien.
Plus j'apprends, plus je me rends compte que l'étendue des connaissances est immense
et du coup, je me rends compte que je ne connais rien en fait, du coup, je ne peux pas dire
que je maîtrise quelque chose parce qu'il y a toujours plus, et c'est difficile de dire
que je maîtrise quelque chose parce que je l'ai étudié, certes, mais typiquement,
les relevés d'hydrométrie, je les ai étudiés, mais je ne peux pas dire que là, je serais
capable d'aller toute seule dans un réseau et aller faire des relevés toute seule.
Donc, je pense que c'est vraiment ce qu'il y a derrière tout ça.
Qu'est-ce qu'on attend selon vous, d'un ou d'une ingénieure, à gros ? Au vu de ce que
vous êtes en train de vivre, de ce que vous êtes en train d'acquérir comme compétences.
Et bien, après cette année de master, après les modules de management qu'on m'a eus,
j'ai l'impression qu'on attend donc quand même d'être capable de gérer des équipes et d'être
manager. Franchement, c'est vraiment l'impression que j'ai eue.
D'un autre côté aussi, j'ai l'impression, après avoir fait des études d'articles scientifiques,
j'ai l'impression qu'on me demande quand même d'être au courant de ce qui se passe dans le
monde parce qu'ingénieur agronome, c'est être intégré à ce qui se passe dans nos sociétés.
En France et dans le monde entier, d'être au courant de ce qui se passe parce que c'est un
métier qui change tout le temps et qui est très soumis à ces changements-là.
Et que l'agriculture, entre le réchauffement climatique, le prix de l'essence, ce genre de
choses, ce n'est pas anodin. Donc, c'est important d'être renseigné et d'avoir un
regard critique sur les choses. Critique, mais pas négatif. C'est vraiment critique dans le
sens de savoir remettre en question des choses. Je crois que c'est ce qu'on nous apprend le plus
dans ces formations et c'est ce que j'adore. C'est qu'on ne nous demande pas de juste apprendre,
on nous demande d'essayer de comprendre et de voir ce qu'il y a au-delà et de peut-être
remettre en question cette connaissance et progresser comme ça petit à petit.
Nous laissons Charlotte repartir en sa vie le temps d'un été,
avant de revenir pour sa troisième et dernière année à l'Institut agro Rennes-Langeais.
Charlotte nous donne à entendre une véritable construction identitaire où ses expériences,
ses apprentissages, ses doutes et ses projections dessinent progressivement une image tout à fait
personnelle du métier d'ingénieur agronome. Mais où en sera-t-elle dans quelques mois ?
Entre enseignement et stage de fin d'études, se sentira-t-elle plus ingénieur, plus légitime ?
Découvrira-t-elle le métier idéal ? Enfin, quel ingénieur aura-t-elle envie de devenir ?
Et vous qui nous écoutez, en quoi ce propos fait-il écho avec vos propres parcours,
qu'ils soient professionnels ou personnels ? En attendant, rendez-vous dans notre prochain épisode
où les parcours se façonnent et les esprits s'affûtent.
Sous-titres réalisés par la communauté d'Amara.org