Dans notre série Ingénieurs en Herbe, Identité en Chantier, je rencontre Julie, doctorante
à l'Institut Agro Rennes-Langers, basée à l'Inraé à Saint-Gilles en Ile-et-Vilaine.
Pour rappel, une thèse de doctorat à l'Institut Agro est une expérience professionnelle qui
permet aux doctorants d'acquérir des compétences scientifiques dans des domaines multidisciplinaires
et de développer ses connaissances du monde économique.
Une façon de s'engager dans les défis agricoles, agroalimentaires et environnementaux de demain,
en participant aux thématiques et expérimentations qui en fonderont les bases.
Un préalable indispensable pour un ou une étudiante qui veut réaliser une carrière
scientifique au sein d'un organisme public, d'une grande entreprise ou dans un organisme
international.
Dans ce premier épisode, nous cherchons à comprendre en quoi son parcours est emprunt
de défis, d'apprentissages, à la fois théoriques et expérientielles, mais également
inspirants pour celui, celle, qui souhaiterait s'inscrire dans un parcours doctoral.
Julie nous partage une expérience unique et singulière, teintée d'enthousiasme, de
succès et de questions.
Je vous laisse vous immerger dans son propos.
Si votre thèse était un objet, une plante ou un paysage ?
Ça serait un ballon avec beaucoup de flux qui passent dedans.
Je m'appelle Julie Duclos, je suis en thèse à l'Institut Agro Inraé à Saint-Gilles.
Je suis encadrée par Marion Boutinot et Marion Falamreg et j'étudie la réponse de l'épithynome
mammaire des vaches laitières face au stress thermique, autant dans l'étude de la fonction
barrière que l'étude de la production de lait.
En quelle année êtes-vous Julie ?
Je suis presque à la moitié, je suis en deuxième année, début de deuxième année.
Qu'est-ce qui fait que vous avez été amenée à faire le choix d'une thèse ?
Parce que j'avais la passion de la science.
J'ai fait un stage à l'Inra quand j'étais en troisième et ça a été wow, c'est incroyable.
On repousse les barrières de la science, on devient spécialiste et on arrive à voir
plus loin que nos connaissances actuelles dans le monde entier.
Et j'avais cet attrait, je me suis dit toute ma vie, l'histoire a fait que j'étais
pas super bonne à l'école.
J'ai passé des barrières, des passerelles plutôt, des passerelles dans tous les sens.
Mais je suis arrivée en doctorat et c'est certainement mon stage de fin d'étude en
M2 qui m'a fait dire, oh wow, vraiment la recherche, j'aime ça et puis je suis plutôt
bonne dedans.
Vous venez de quelle école d'ingénieur ?
De l'université de Vétagro-Cieux-Pas-Clair-Montferrand, petit campus agronomique qui m'avait tapée
dans l'œil pendant les concours par leur cursus de production animale.
J'étais déjà assez toquée élevage pendant mon DUT.
Vous êtes arrivée sur cette thèse, est-ce que vous vous souvenez quelles ont été les
expériences passées qui vous ont servi ?
Ce que j'ai mis en avant pendant mon entretien de thèse, en premier j'avais fait de la
physiologie en DUT.
Après mon bac, j'ai fait un DUT qui s'appelle maintenant un BUT, gynébiologique, ce qui
m'a apporté énormément de pratiques, un BUT ou un DUT, ça sert à devenir technicien
derrière.
Après ça, je suis rentrée en école d'ingénieur, on est beaucoup moins pratique, l'expérience
passée, ça a aidé et j'ai mis ça en avant.
Je savais faire du labo, j'avais déjà fait un peu d'histologie et surtout on avait
vu beaucoup de choses en DUT, plusieurs manières d'expérimenter et puis l'école d'ingénieur
a apporté les côtés bibliographiques, écriture, rédaction, travail de groupe
aussi, parce qu'on travaille énormément en groupe en école d'ingénieur, gérer
le travail, rendre des projets, la gestion de projets.
Quels ont été les freins que vous avez dû dépasser ?
Le frein, peut-être on va y venir, mais j'ai un handicap, je suis dyslexique et tout prend
plus de temps et on m'a souvent dit que je n'irais pas bien loin, j'avais plus
de difficultés à beaucoup de choses, notamment à écrire et ça a apporté beaucoup de problématiques.
Est-ce que dans le cadre de cette thèse, vous êtes amenée à collaborer avec des
disciplines, d'autres disciplines ?
Une thèse, c'est multidiscipline.
Avant, je faisais de l'éthologie dans mon stage de fin d'études, donc éthologie,
comportement animal.
Aujourd'hui, je n'en fais plus.
Néanmoins, ce que je touche aujourd'hui, c'est de l'histologie, de l'immunohistologie.
Je fais aussi de la cytométrie, donc du comptage cellulaire, je fais du biopsie, de la protéomique,
donc analyse des protéines dans le lait.
Beaucoup de disciplines différentes, centrées sur la physiologie, moins sur le comportement,
moins sur les systèmes, mais sur l'animal en lui-même.
Mon mantra du moment, c'est « tout s'apprend ». Je ne connaissais rien ni à l'immunohistologie,
ni à la protéomique, ni à la cytométrie, où vaguement, on m'a appris et même sur
le sujet de la protéomique par exemple, on m'a formée et mes encadrantes savent le
principe et ce que ça donne, mais c'est moi qui ai manipulé les scripts, etc., qui
ai manipulé les logiciels, j'ai cet atout en plus.
Comment vous les qualifieriez en termes de compétences ?
En termes de compétences ? Adaptabilité.
Je suis sociable aussi, ça aide.
Savoir discuter avec les acteurs pour pouvoir faire de nouvelles collaborations.
Actuellement, on travaille sur un début de peut-être de nouvelles collaborations avec
un autre institut, parce qu'on est allé leur parler en congrès, on a fait « ah,
vous aussi vous travaillez sur les vaches en stress thermique ? » Eh, moi aussi j'ai des vaches.
Avant de commencer cette thèse, quelles pratiques vous ne connaissiez pas ?
Énormément de choses.
Celles qui vous ont peut-être le plus marquées ?
Par exemple, savoir se présenter, savoir présenter sa thèse.
L'art de faire des réunions, parce qu'on en fait énormément.
Mon parcours, il influence ma manière de faire la recherche.
Tant parce que j'ai eu des expériences en tant que technicien, ce qui fait que je comprends
les plus problématiques techniques.
Il faut avoir les tubes à temps, il faut s'organiser au laboratoire, il faut que le
côté ingénieur m'a appris à synthétiser, m'a appris à travailler en groupe, à présenter
aussi et à aller chercher des acteurs qui me servent aussi maintenant, et mon stage
de fin d'études m'a appris vraiment concrètement.
C'est une recherche, maintenant t'as des données qui sont issues d'une expérimentation,
maintenant valorise-les.
Avec tout ça, j'ai pu avoir quelques outils pour rentrer en thèse, mais c'est tout le
parcours.
Et je pense que quelque chose qui a été global, au du moins chez moi depuis très jeune, c'est
la curiosité.
La curiosité de, pour le coup, la biologie, d'essayer de comprendre le monde, les phénomènes
que mes cellules, je les vois à travers un microscope, j'essaye de comprendre leur fonctionnement
à travers des dosages de minéraux dans le lait, je ne peux pas les voir en temps réel
faire leurs échanges.
Donc il y a plein d'indicateurs dans tous les sens qu'il faut étudier individuellement,
qu'il faut comprendre et qu'il faut remettre dans leur tissu pour comprendre tout ce phénomène.
C'est un peu comme une enquête.
Donc il y a des personnes qui ont été soutenantes ?
C'est ça.
Face à une situation de handicap, qui est la dyslexie.
C'est ça.
Aujourd'hui, comment vous faites avec cette...
J'ai développé plusieurs méthodes.
Alors déjà, je suis devenue reine dans l'organisation.
J'ai une organisation qui est un peu spéciale.
J'ai un énorme tableau où j'ai divisé en quatre et je trie mes actions en fonction
si c'est des actions rapides ou lentes, si c'est dans un cours ou dans un long terme.
Et j'ai plein de post-it et je colle tout.
C'est ma tout doulisse géante.
Et du coup, j'arrive à mieux m'organiser comme ça.
Je sais que des actions lentes, ça va me durer assez longtemps.
Du coup, j'essaye d'en faire une le matin, puis d'enchaîner avec des petites, etc.
Une autre chose, c'est que c'est l'ère d'Internet.
Il y a des sites qui corrigent les fautes d'orthographe.
Quand vous avez commencé cette thèse, quelles étaient vos attentes ?
Et là où vous en êtes, quels sont les constats que vous pouvez faire ?
Alors, une grosse attente, c'était toucher du doigt le métier d'ingénieur de recherche
ou d'ingénieur de recherche, c'est-à-dire avoir ses recherches,
savoir où aller, passer de l'expérimentation à la valorisation, la rédaction et tout.
Et ça, je le touche du doigt.
Je suis en train d'écrire mon premier papier.
J'ai d'une expérimentation où j'ai été avec les vaches.
Je les valorise en degré.
C'est moi qui fais les tests de stack, donc j'y arrive.
Il y a ce pouvoir de repousser les limites de la science
entre mes mains actuellement sur mon petit ordinateur.
Donc ça, c'était votre attente de départ que vous vérifiez ?
Là, pour l'instant, oui.
Est-ce que vous avez vu, constaté des écarts ?
Oui, en début de thèse, c'est tellement long qu'on arrivera à faire énormément de choses.
Mais au final, ça passe extrêmement vite.
Tout prend un temps pas possible et on y va.
Mais en même temps, on peut apporter sa touche à la thèse.
Ce n'est pas un sujet qu'on amène au bout.
Que ce soit nous ou un autre candidat, ça aurait été la même chose.
Pas du tout.
On peut apporter sa touche d'originalité et de sa personnalité dans sa thèse
et guider la recherche vers là où on veut.
En quoi vous vous apportez votre touche ?
Sur les valorisations, beaucoup.
Je fais des valorisations qui sont assez originales dans l'unité.
Là, la semaine prochaine, on a la journée des doctorants.
Donc c'est une journée où on présente chacun son sujet, ses avancées, etc.
Je suis la seule à faire un format mixte avec une vidéo qui me parle
avec un échange avec ce qui est supposé être un super ordinateur.
Et il m'échange des informations.
Moi, je fais « Oh oui, donne-moi les résultats de cette étude ».
Il me l'affiche et je fais « Oh oui, c'est ça ».
Au niveau de la valorisation, je suis assez créative.
Il y a aussi la manière de mener la thèse.
Mes encadrantes sont là pour me guider tout de même et c'est moi qui m'organise.
Vous Julie, est-ce que vous avez bénéficié d'un mentorat ou d'un soutien particulier ?
J'ai le soutien de mes encadrantes.
Et comment ça façonne votre expérience ?
On va dire qu'elles me donnent les clés.
Elles me donnent plutôt les outils et c'est moi qui tape sur les planches
et qui vois comment les clous rentrent et qui dit
« Oh, les clous rentrent ou ne rentrent pas et j'en discute avec et ainsi de suite. »
On améliore la situation.
Certes, j'avais un stage de recherche mais j'avais deux, trois outils
mais ce n'étaient pas forcément les bons pour la discipline.
Du coup, elles m'ont apporté ces outils et maintenant que je les maîtrise,
c'est à moi de construire mon meuble.
J'ai une question, votre sujet de thèse,
en quoi Yves s'inscrit dans les enjeux actuels de l'agronomie ou de l'agriculture ?
Il y a un enjeu assez capital autour du réchauffement climatique.
On va faire face à plus de 2 à 3 degrés en France d'ici 2050.
Il va y avoir de plus en plus de vagues de chaleur.
Ces vagues de chaleur et ces hausses de température vont impacter les vaches laitières
et il va falloir qu'on comprenne ce qui se passe dans leur épithélium mammaire
pour pouvoir peut-être les aider face à ces vagues de chaleur et ce stress thermique
pour permettre une production bien, voire l'animal, la production, l'élevage.
En quoi pensez-vous avoir évolué entre le début de votre thèse et aujourd'hui ?
La confiance en soi.
Je me suis dit « merde, à tous les coups, je n'ai pas confiance en moi,
elles vont se rendre compte que je ne sais pas faire telle chose, etc. »
Mais j'ai bien compris assez vite qu'on n'attendait pas à ce que je sois parfaite tout de suite,
que j'avais le droit de dire « je ne sais pas » et que tout s'apprend.
Et qu'il ne fallait pas hésiter à demander de l'aide à mes encadrantes
mais aussi à des personnes référentes dans leur domaine.
Je pense encore à l'histologie, par exemple Sandra, si tu passes par là,
qui m'a complètement formée sur l'histologie,
qui m'a donné une confiance en ma pratique de l'histologie.
Je suis partie aux États-Unis avec cette confiance de l'histologie.
Une fois là-bas, je devais refaire de l'histologie.
J'ai posé des questions sur les protocoles.
Toujours en échange avec mes gens référents en Bretagne,
on a adapté certains protocoles, on a changé les anticorps
pour avoir des résultats un petit peu plus...
qui me paraissaient un petit peu meilleurs, on va dire.
C'est quoi l'histologie ?
Ah, l'histologie, on va faire une biopsie.
Une biopsie, c'est prendre du tissu, du tissu mammaire.
Ensuite, on le coupe très finement sur une lame.
On va le colorer avec des anticorps.
Alors moi, je regarde la jonction entre mes cellules.
Il y avait un anticorps que j'avais utilisé ici, qui marchait du feu de lieu.
J'ai insisté pour l'utiliser là-bas.
Les techniques n'étaient pas exactement les mêmes pour préparer le tissu.
Du coup, ça n'a pas donné exactement les mêmes choses, mais beaucoup mieux.
Moi, j'imagine que la thèse, c'est souvent une expérience d'incertitude,
d'enquête, de doute.
Comment est-ce que vous gérez ces moments-là ?
Et quelles sont les stratégies que vous avez pu développer face à ces imprévus ?
On a un gros soutien entre doctorants.
Je pense notamment à Morane, qui est en troisième année,
qui va bientôt soutenir, à Emmanuel et Coralie aussi,
qui sont en troisième année, qui sont dans cette recherche de
« Oh mon Dieu, qu'est-ce que je vais faire après la thèse ? »
Aussi, généralement, tous les encadrants de thèse
qui ont fait une thèse avant,
ils ont eu ces doutes, ils ont eu ce « Mais le résultat marche vraiment ?
Est-ce que c'est vraiment ça ? »
Eh bien, on fait ce qu'on fait le mieux, on enquête.
On enquête via la bibliographie, on dit « OK, lui, il a pu montrer ça,
moi, j'utilise la même, pourquoi ça ne montrerait pas ?
Je ne peux pas avoir le même sens que lui. »
Est-ce que vous avez déjà dû réorienter une partie de votre thèse, de votre recherche ?
Un autre mantra de la science et de l'expérimentation animale, c'est
« Il y a forcément quelque chose qui ne se passe pas bien en expé.
Je rassure, aucun de mes vaches est mort. »
Ça a été surtout une technique qu'on pensait, mais qui marchait absolument.
Elle a été remise en cause et une partie de ma thèse était basée là-dessus.
Du coup, on a cherché une autre stratégie et on est partis sur une autre voie.
Quand vous dites « on », c'est ?
Mes encadrants témoins.
C'est arrivé au début, début de thèse,
donc je n'avais pas du tout encore toutes les ficelles pour comprendre tout,
tout l'environnement de l'épithélium de la mer et la technique.
Maintenant, à l'heure actuelle, sur certains échantillons par exemple,
on a fait d'une certaine manière sur une expérimentation
et j'essaye de les valoriser, même si ce n'était pas la meilleure manière du monde,
de les « sauver ».
Comment vous avez vécu cette expérience ?
Je me suis dit, c'est la science, il faut s'adapter.
Sur la première expérimentation, il y a eu une vache qui a eu vraiment un gros stress au début.
Du coup, on a décalé.
On chauffe les animaux dans les salles avec un chauffage pour simuler les canicules.
Et là, elle a eu un gros stress.
Pile le jour où on devait allumer les chauffages, on a décalé d'un jour.
Du coup, il y avait une vague de chaleur plus courte.
Mais du coup, ce n'était pas la même chose que mes autres vaches dans les salles.
Du coup, ce n'était pas la même chose que la deuxième vague de chaleur.
Du coup, au niveau stat, ça ne passait pas.
Du coup, j'ai ajouté un jour fictif pour essayer d'équilibrer le tout.
Bref, ça a changé le protocole.
Pour la deuxième expérimentation, idem, il faut s'adapter et bien réfléchir.
Quelles sont les compétences transversales que vous avez dû développer dans le cadre de cette thèse ?
La gestion de projet, on en a parlé,
mais on a peu parlé de la gestion de projet aussi en termes de mobiliser les gens.
Pas que qu'est-ce que je fais moi dans mon projet et comment j'organise mes tâches.
Il faut aussi organiser les gens, les financements, côté matériel.
Grosse organisation, donc gestion de projet, plus, plus, plus.
Un exemple, j'ai passé trois mois aux Etats-Unis dans un échange.
C'est moi qui ai dû trouver les financements, j'ai dû faire beaucoup de papiers.
Il y a beaucoup de portes.
Il a bien dû falloir que, de un, je gestionne bien mon projet
pour pouvoir avoir les financements à temps, les visas à temps et tout à temps pour pouvoir partir.
Et autant que j'arrive à vendre mon projet.
Une autre compétence transversale, savoir mettre des liens entre les idées,
savoir organiser ces idées pour en sortir un message.
Ça encore, je travaille dessus.
Oui, d'écriture scientifique.
L'écriture scientifique, c'est quelque chose qui est particulier.
Il y a aussi le fait que, que ce soit dans un papier ou dans un résumé qu'il faut rendre pour un congrès,
il y a un nombre de mots ou un nombre de caractères.
Alors là, surtout en anglais, on est là, oh mon Dieu.
Comment je veux dire ça en deux mots ?
Il y a aussi l'écriture scientifique, on n'est pas seul.
On n'est pas seul, ni sur un papier, ni sur sa thèse.
Pas que les encadrants, il y a aussi d'autres personnes, d'autres chercheurs,
d'autres techniciens, etc., qui sont dans le projet et qui vont relier tous les écrits.
Donc, et qui vont modifier certaines choses et dire, oh là, je ne comprends pas.
Il faut avoir la capacité de dire, OK, si Bidule ne comprend pas,
OK, je vais reformuler et essayer de le faire plus clairement,
même si moi et mes encadrantes, on comprenait.
Votre rôle en tant que doctorante dans votre organisme de recherche ?
Mon rôle, c'est techniquement d'être un bébé chercheur.
C'est-à-dire que sur mon sujet de thèse précis,
on me donne du lest sur mes analyses pour que j'apprenne à les gérer,
pour que peut-être plus tard, je puisse gérer plus gros.
Donc, je suis un bébé chercheur, mais aussi en tant que doctorant,
on a un côté qu'il faut apprendre.
On a encore des cours, on a encore de la formation à faire.
On va se projeter un petit peu.
Qu'est-ce que vous pensez que vous allez pouvoir changer d'ici un an,
grâce à Expérience d'aujourd'hui ?
Peut-être que je réécouterai.
Vous réécouterez quoi, le podcast ?
Oui, je vais voir ce qui a changé.
Là, je commence à avoir vraiment les ficelles de mon sujet.
J'arrive à peu près à voir où ça va aller, je pense déjà à mon mémoire.
Ça va être un gros manuscrit, mais bref.
Et j'espère d'ici un an que je serai là.
Normalement, j'aurai toutes les cordes, là.
Je n'aurai pas plus des ficelles, j'aurai vraiment des cordes sur mon sujet.
Je vais devenir vraiment spécialiste, spécialiste, même plus que mes encadrantes.
Parce que c'est ça, le but à la fin,
on nous met sur un sujet pendant trois ans pour qu'on arrive à être spécialiste de quelque chose.
Et pouvoir avoir cet idéal de repousser la science un petit peu,
de repousser les connaissances, plutôt.
D'ici un an, j'aurai publié deux papiers, normalement.
Enfin, publié, j'aurai écrit et peut-être qu'ils seront en cours de publication.
D'ici un an, normalement, je serai dans l'écriture de mon manuscrit,
peut-être sur le troisième papier.
Donc, d'ici là, j'aurai pris du galon sur, du moins, l'écriture, organiser mes idées.
Parce que là, je suis très dans le labo.
D'ici quelques mois, je serai très dans...
Ok, le labo m'a donné ça, maintenant, qu'est-ce que ça veut dire ?
Grâce à l'expérience qui est en cours, demain, vous serez forcément différente.
Ça serait quoi, ces changements ?
Est-ce que je serai capable, plus tard, d'être chargée de recherche, par exemple,
ou ingénieur de recherche ?
Si vraiment, il y a quelque chose qui se passe mal,
je peux toujours aller demander à mes encadrantes.
Elles relisent ce que je fais, parfois, elles voient des coquilles,
que je me dis, pourquoi j'ai laissé ça encore ?
Plus tard, j'espère avoir la capacité de pouvoir me dire,
ok, ce que j'écris est juste.
Avec tout ce que j'ai engancé comme connaissances,
ce que j'écris est juste et je vais pouvoir en faire quelque chose.
Si vous deviez résumer à quelqu'un qui n'a pas suivi cette discussion,
les apprentissages d'aujourd'hui ?
Les apprentissages d'aujourd'hui ?
La gestion de projet, le moteur d'une gestion de projet, en un.
Savoir le valoriser en deux.
Et en trois...
Alors moi, j'aime beaucoup transmettre.
Et si je peux aider quelqu'un à savoir transmettre ?
Tant ses analyses que son expérience.
Est-ce que vous avez déjà été amenée à défendre ou expliquer
votre recherche à un public non expert ?
En fait, je n'ai pas fait vraiment de présentation devant un public.
J'aurais bien aimé, par exemple, face à des lycéens ou ce genre de choses,
où vraiment, il faut...
J'ai pu expliquer ma thèse en congrès,
en congrès avec des gens qui n'étaient pas spécialistes de biologie cellulaire,
donc pareil.
Et là, j'ai soumis des idées de présentation à deux congrès.
Un congrès qui est vraiment spécialiste là-dedans,
je peux lui dire des mots super compliqués, les gens comprendront.
Et l'autre, pas du tout.
Où il a fallu repenser comment je présentais mes recherches
pour leur critère, c'est de faire des images.
Si vous deviez vulgariser ?
Pour faire du lait, dans un tissu mammaire, il faut des cellules.
Ces cellules, face au stress thermique, elles sont soit stressées, soit décrochées.
Il y a des flux dans tous les sens.
Il y a des modifications.
La science, pour l'instant, ne sait pas trop ce qui se passe.
On voit à l'extérieur, on voit que la vache, elle produit moins de lait.
On voit qu'elle boit un petit peu plus.
On voit qu'elle mange moins.
Mais on ne sait pas exactement ce qui se passe sur le tissu mammaire.
Et c'est le but de ma thèse.
On le comprend, chez moi, j'aime beaucoup la vulgarisation.
J'organise avec d'autres doctorants les Kikafekua, tous les lundis,
dans l'unité, où une personne présente pendant 15 à 20 minutes.
Soit si c'est un CDD, qu'est-ce qu'il a fait pendant son CDD ?
Soit si c'est un stagiaire, qu'est-ce qu'il a fait pendant son stage ?
Soit si c'est quelqu'un en thèse qui arrive,
qu'est-ce qu'il va faire pendant sa thèse pour se présenter ?
Mais aussi les chercheurs qui ont fait des congrès.
Est-ce qu'ils peuvent nous le présenter ?
Des nouvelles avancées, etc.
Pour amener la discussion et amener le dialogue entre les personnes.
Et les réflexions.
Un des points forts de mon stage 2,
c'est qu'il y a eu deux personnes qui m'ont aidée à penser ce parcours de thèse.
Je les remercie énormément.
Et c'est ce que j'essaye de faire maintenant que je suis en thèse,
avec les stagiaires qui, peut-être, veulent partir en thèse,
en les aidant, en leur donnant les clés.
Quand j'étais dans mon école d'ingénieur agronome,
on n'en parlait pas franchement de la thèse.
On a eu un intervenant une fois, alors qu'on est entouré d'enseignants-chercheurs.
C'est ça qui est un peu paradoxal.
Parce que les ingénieurs agronomes, ils ne sont pas censés aller en thèse derrière.
Ce n'est pas la bourgeoisie.
J'ai compris plus tard que c'était plus les masters qui étaient voués à faire une thèse derrière.
Si vous deviez conseiller à une personne qui hésite à se lancer dans une thèse,
que pourriez-vous lui dire ?
Souvent, ce que je dis en ce moment, ce n'est pas un sprint, c'est un marathon.
Un marathon, il faut savoir s'économiser, il faut savoir travailler régulièrement.
Il ne faut pas se décourager non plus.
Il y a des choses que je commence aujourd'hui, que je ne finirai pas dans un an.
Ma recherche bibliographique, d'ici un an, elle ne sera toujours pas finie.
Mais il ne faut pas se décourager à ça.
Autre chose que je lui dirais, c'est qu'en école d'ingénieur, j'étais très perdue.
Et c'est mon stage qui m'a fait comprendre que j'étais vraiment faite pour ça.
C'est qu'on ne peut pas s'enfermer dans un sujet.
Ce n'est pas parce que j'adore les comportements des vaches
que forcément, je vais aller dans une thèse sur les comportements des vaches.
On peut s'ouvrir à beaucoup de sujets.
Et on n'a pas besoin d'être spécialiste de son domaine quand on entre en thèse non plus.
Et quoi les conseils Julie ?
Être ouvert, être déplaçable.
Parce qu'il y a des thèses partout en France,
ce n'est pas forcément de là où on habite et ça fait des freins.
Il n'y a pas énormément d'offres de thèse.
Il y a plus de candidats que d'offres de thèse, je crois.
Et il faut s'en voir un peu souvent.
Et si on a de l'entourage dans la recherche, c'est de demander qui sont les encadrants.
Et savoir comment on travaille nous.
Parce que moi, par exemple, sous la pression, je meurs.
Sous la pression, je veux dire d'encadrement.
Donc je savais qu'il fallait quelqu'un de plus sympa.
Accompagnant, on va dire.
Quelqu'un de strict.
Donc ce que j'ai fait, c'est quand j'étais encore dans ma phase de recherche de thèse,
j'étais là à poser tous les quatre matins à ma responsable de stage.
Tu connais Bidule ?
Tu sais comment il est ?
Est-ce qu'il a eu des doctorants ?
Etc.
Il faut aussi avoir ce feeling.
Une thèse, c'est dur.
Donc il faut bien s'entendre avec ses encadrants.
Parce que parfois, c'est eux qui vont vraiment imposer leur vision.
Et on vit les défaites et les réussites ensemble.
Là, on était sur les conseils pratiques.
Côté apprentissage,
la plus grosse p-value qu'on peut avoir pour entrer en thèse,
c'est faire un stage en recherche avant.
Dans n'importe quel pays, n'importe quel institut.
Même si c'est de la plante et on passe à de l'animal ou de la socio.
Peut-être.
Et on passe à plus de la biologie.
Ça dépend.
Mais il faut avoir une expérience en institut de recherche.
Parce que c'est comme ça qu'on voit comment ça se passe concrètement.
Toute cette gestion de projet autour de la recherche.
Si on a un auteur favori de papier ou de bouquin,
qui est dans un institut par exemple,
on peut aller lui écrire un mail.
« Oh, bonjour, j'adore vos papiers, je trouve ça génial.
On pourrait pas monter un projet de thèse ? »
Ou reformuler un petit peu.
Mais parfois, ça marche.
Je connais quelqu'un qui est vraiment venu au culot et qui a dit
« Ah, j'adore ce que vous faites.
Venez, prenez-moi en doctorat. »
On continue à se projeter.
Si vous deviez imaginer l'impact idéal de votre thèse
sur votre domaine, sur la société ou sur vous-même,
à quoi ça ressemblerait ?
Déjà, ma thèse a pour but de poser un cadre.
De poser « Ok, on voit ça et ça en stress thermique.
Ensuite, c'est déjà le cas avec notre expérimentation aux Etats-Unis,
on va essayer d'apporter une solution.
Peut-être, c'est ainsi daminé.
Peut-être l'amitié non.
Peut-être que plus tard, il y aura d'autres chercheurs
qui trouveront une autre solution.
Une implémentation, un produit miracle, que sais-je,
qui vraiment permettra à l'épithélium de garder tout son effet barrière,
d'aider les vaches face au stress thermique.
Mais poussons plus loin.
La cytométrie, c'est une technique où on prend la cellule,
on la colore avec différents principes actifs
et derrière, il y aura un laser qui compte la cellule
et qui voit la couleur et qui peut me dire
« Ok, cette cellule, elle est orange, ça veut dire qu'elle est stressée. »
Allons plus loin.
Imaginons que les robots de trottinette automatique
embarquent un cytomètre que, par X paramètres,
ils arrivent à colorer les cellules.
Et là, l'éleveur, il aurait la production laitière,
toutes les données du lait, mais il serait aussi six avaches.
Et ces cellules sont extrêmement stressées,
donc là, il faudrait faire un traitement.
Alors que normalement, on ne pourrait pas le voir à l'heure actuelle sans cytométrie.
On peut développer d'autres méthodes après ma thèse.
Après, on verra ce que ça donne.
La recherche aussi, certes, c'est ma thèse,
mais ça va devenir la base de travail de beaucoup d'autres personnes,
voire, ce ne sera pas forcément moi qui sera mise dessus,
ce sera peut-être une autre personne,
et cette autre personne va récupérer ce que j'ai fait pour aller encore plus loin.
Donc, il y a vraiment ce côté « Ok, c'est ma thèse, mais ce n'est pas mes résultats,
c'est les résultats de l'étude qui pourront être utilisés par plus de monde. »
Comment est-ce que vous envisagez la suite de votre thèse ?
Je suis toujours aussi cadrée dans l'organisation.
J'ai un diagramme de gant sur trois ans,
parce qu'il y a toujours des idées qui arrivent.
« Oh merde, il faudrait faire ça. Ok, j'ai du temps là. Ok, on va faire ça. »
Des analyses qui ne marchent pas ou d'autres techniques qu'il faut explorer.
Alors moi, j'ai fait un gros schéma de mon après-thèse.
Alors moi, j'aimerais rester en recherche,
parce qu'il y a certaines personnes qui vont dans l'industrie.
On est cherché en R&D, notamment, parce qu'on sait très bien chercher,
ou en d'autres industries pour développer des modèles expérimentaux là-bas.
Mais moi, j'aimerais rester dans la recherche académique,
au CNRS, à l'INRA, plutôt en France.
Dans un an, je commencerai à faire mes demandes de post-doc,
parce qu'il est plébiscité si on veut rester en recherche,
notamment si on vise ingénieur de recherche ou chargé de recherche,
de faire un post-doc à l'étranger.
Du coup, ça serait « pays francophone proche de la France ».
Du coup, j'ai deux choix, c'est la Belgique ou la Suisse.
Donc, je vais chercher par là,
ou sinon, j'irai encore dans mes voyages n'importe où, on verra bien.
Et pour ensuite demander un poste et concourir pour être chargé de recherche
ou ingénieur de recherche en France et n'importe où en France, on verra bien.
Est-ce qu'il y a quelque chose que vous auriez aimé partager et que vous n'avez pas pu dire ?
Je crois que le take-home message,
vraiment le message qu'il faut ramener à la maison, c'est
si on croit et qu'on se sent les capacités, il faut y aller.
Il faut être têtu dans la vie, surtout dans mon cas.
J'ai eu mon bac raté pas de crête.
J'ai fait mes voeux parcours sup en cachette
pour rentrer dans une filière où mes parents pensaient que j'allais avoir aucun avenir.
Néanmoins, je suis là aujourd'hui.
Je commence à être dans la phase où les gens me félicitent pour ce que je fais.
Donc, ok, il y a toujours ce truc de réussir sa vie, etc.
Mais là, je commence à être bien fière de ce que j'ai fait.
Si j'avais écouté les gens à l'époque, jamais je serais allée là-dedans.
Jamais j'aurais transmis le coucou en ingénieur.
Donc, il faut croire en soi, il faut être têtu et il faut tenter.
Je laisse Julie repartir dans ses protocoles d'expérimentation,
sa collecte de données, l'écriture de ses articles.
Elle nous montre que la thèse de doctorat est un moment exploratoire
qui laisse place à la créativité, à la curiosité, aux interactions,
mais également à la transmission et à la vulgarisation.
Elle construit une identité professionnelle à partir de son parcours d'ingénieur,
de son expérience du doctorat et de sa posture de chercheuse.
Mais c'est aussi une identité personnelle de par ses expériences,
ses choix, ses renoncements.
Et finalement, une identité professionnelle se construit-elle seulement
par les compétences acquises ou bien aussi par des expériences,
par des rencontres et par la confiance en soi ?
Entre connaissances théoriques et transformations personnelles,
comment Julie construira-t-elle son parcours professionnel ?
Et vous qui nous écoutez, en quoi ce propos fait-il écho avec vos propres parcours,
qu'ils soient professionnels ou personnels ?
En attendant, rendez-vous dans un prochain épisode avec Julie,
où les parcours se façonnent et les esprits s'affûtent.