Du coup, moi c'est Noah, je suis en M1P, on est dans la zone champignons fermentation
au triangle et l'objectif, donc dans le triangle, on est associé à la fabrication de la bière
et du kombucha de l'expo, que vous retrouverez à la vente, c'est d'expliquer à travers
notre décor comment les champignons, les levures agissent dans la fermentation et la
production à la fois de bières et d'autres substituts tels que le pain par exemple dans
la levure, et associé au terroir, donc c'est pour ça que vu qu'on est dans la région
de l'Anjou et que près de Saumur on a des grottes troglodytes avec des champignonières
là avec Adèle qui est à côté de moi, et bien on fait une grotte troglodyte en papier
mâché.
Moi je suis étudiante en L2, dans le cadre de l'expédition je suis au secteur de la
logistique exclusivement, ça fonctionne avec des permanences où on donne le matériel
et tout ce dont les étudiants ont besoin pour créer leur structure, et donc quand
j'ai pas de permanence je vais aider un peu où je le désire, et là je me suis retrouvée
avec Noah dans cette grotte, donc on est en train d'essayer de faire du relief pour rendre
ça plus vrai que nature.
Déjà c'est une expérience inoubliable.
C'est beaucoup de fatigue, mais énormément de compétence acquise.
Ça représente avant tout un moment où on est tous dans notre bulle, il y a une semaine
qui est banalisée pour nous pour qu'on puisse tout mettre en place, et après il
y a un an de travail en amont.
Tous les étudiants sont au travail, il y a personne qui fait rien, on est tous en
train d'essayer de concrétiser cette chose et on a tous envie que ça rende la meilleure
des façons pour que les visiteurs aient envie de revenir et que notre association perdure.
L'Expo Flow c'est avant tout une expérience avec tous les étudiants et d'être fiers
de nous aussi, beaucoup, parce qu'on est partis de l'école vierge il y a trois jours,
là elle est pleine de travaux, elle s'est pas encore finie, mais ce soir, au milieu
de la nuit, tout sera en place et c'est hyper gratifiant pour nous.
C'est aussi une façon de se tester, de se mettre un peu au défi soi-même, dans le
sens où c'est des heures et des heures de préparation à la fois en amont pour la
création d'un décor, puis c'est un peu un défi, là avec Adèle on est sur le défi
de la grotte, c'est que défier la gravité en papier mâché, plâtre, puis de la peinture
sur une hauteur de 3m20, c'est pas rien, tester ses limites et puis kiffer.
Qu'est-ce qu'on apprend de soi avec ce type d'expérience ?
Beaucoup de choses, jusqu'à où on peut aller, savoir quand il faut prendre des pauses,
prendre une pause de temps en temps, c'est la base de tout bon travail, on peut pas travailler
24h sur 24 tous ensemble, on peut être à fond 24h sur 24, s'inspirer des autres, toujours
se remettre en question, rien n'est jamais acquis, faut le savoir, on a toujours à apprendre
des autres et de soi-même.
Il y a des contraintes de sécurité qui peuvent être compliquées pour certains étudiants,
il y a des projets qui ont été passés en commission dans l'année quand nous on les
a votés et qui là, quand les personnels de sécurité passent, il faut tout remonter
en 3-4 jours, ça pose des questions sur nos limites physiques, avec la fatigue, avec
la gestion des outils, du stress, de devoir rebondir, mais aussi sur nos limites intellectuelles
dans la conception de certains plans qui ont été faits en amont et qui fonctionnent pas,
où là, redessiner, je sais qu'on a eu un souci avec une structure dans le couloir
de la DFVO, on avait fait un pont, dont la pente n'est plus aux normes PMR, donc là
il a fallu tout recalculer en deux nuits, tout s'est fait et on a réussi et c'est
en train d'aboutir, mais ça nous épuise, ça nous a demandé beaucoup de calculs, beaucoup
de remises en question et c'est extrêmement enrichissant, ça nous prépare à énormément
de choses pour l'avenir.
Alors justement, puisque ça prépare à l'avenir, ça serait quoi là où les compétences transversales,
techniques et ou comportementales que vous avez développées dans ce cadre là, mais
que vous ne soupçonniez pas ?
Moi je pense que c'est avant tout l'humain qui a été le plus mis à l'épreuve, moi
j'avais l'habitude de bricoler un peu avant, donc j'ai pas énormément progressé sur
cet aspect là, même si on gagne en efficacité, en autonomie sur la gestion des outils, mais
avant tout la gestion de l'humain, quand j'effectue des permes à la logistique pour
donner des outils, il est 3-4h du matin, on est tous fatigués, on n'a plus les bonnes
vis, on n'a plus de scie sauteuse, tout est en circulation dans l'école, il faut rester
lucide, il faut pas s'emballer, il y a du monde qui vient demander des choses, on les
a plus, tout le monde est fatigué, il faut rester correct, et même quand nos limites
sont dépassées, et donc ça c'est très très enrichissant, ça nous éprend à gérer
l'humain, le social, à rester en bon terme avec tout le monde, à entretenir des contacts
qui sont corrects, et c'est pas facile, et c'est très très enrichissant pour des travaux
à faire en groupe plus tard, pour des travaux en équipe, en entreprise, ça peut que être
bénéfique.
Pour la compétence technique, le fait et la pédagogie, c'est hyper important parce
que ceux qui savent manier des outils, construire des structures, et bah en fait ils sont hyper
pédagogiques avec ceux qui veulent apprendre, justement acquérir, pour ceux qui savent
la pédagogie, de transmettre son savoir, et bah je trouve que c'est quelque chose
que je n'aurais pas soupçonné, et aujourd'hui, je vois Florian avec qui je travaille, qui
reste de moi, il n'a plus besoin de moi, et ça fait plaisir, franchement, au début
c'était un peu compliqué, on en a beaucoup parlé, je lui ai expliqué pourquoi on fait
ça, comment on fait ça, comment se servir de ci, bah là il va être en train de poser
une fenêtre, tranquille, moi je suis en train de peindre avec Adèle, et ça, ça fait plaisir
franchement.
En quoi est-ce que vous pouvez faire du lien entre la formation et l'Expo Flow, et est-ce
qu'il y en a ?
Moi je suis en paysage, je suis un peu poussé dans la formation au niveau temporalité si
je puis dire, donc les questions d'aménagement, on les a beaucoup, les aménagements paysagers,
on les a beaucoup, en théorique, les projets arrivent, on n'a pas encore été trop amenés
à faire un aménagement avec de la plante, et on dit merci à Végétaux et à la team,
et dans le métier du paysage, ça nous apprend à se dire, bon, ça peut ressembler à ça,
ça nous débloque des visions, une certaine créativité, se dire, on s'inspire des autres,
on peut resservir de certaines visions qu'on a eues pour remettre dans d'autres projets,
et en fait, se dire, c'est peut-être ce qui fera notre force plus tard, c'est qu'on a
réussi avec l'Expo à acquérir cet imaginaire de partir de rien, par de rien pour créer
quelque chose, alors souvent sur le terrain, on part de l'existant pour recréer quelque
chose, pour réaménager, et c'est un gros plus dans la formation, pour des gens qui
font que de la théorie, ça nous fait déjà un premier pied dans la pratique, même s'il
y a du stage, c'est un gros pied dans la pratique, et ça, c'est cool.
Oui, et puis, au-delà de toute la conception, notre formation, c'est surtout une formation
d'ingénieur, et moi, je ne suis pas encore arrivée au stade de NOA ou en MNP, où on
fait beaucoup de plans, où il y a des projets, je suis encore dans cet aspect de prépa intégré,
où on a encore beaucoup de cours théoriques sur de la physique, des mathématiques, mais
par exemple, quand il a fallu recalculer la pente du pont, on s'est rendu compte que
nos cours de trigonométrie et de mécanique du solide étaient franchement utiles, et
c'est super agréable de voir que, même si parfois on n'excelle pas autant qu'on veut
dans nos partiels, ou on n'a pas l'impression de détenir tant de compétences que ça, en
fait, quand on est face au problème, on se rend compte qu'on sait déjà beaucoup de
choses, et ça fait énormément de bien de se rendre compte de ça aussi à ce stade
de la formation, et ça ne peut que s'améliorer, que continuer, et c'est vraiment cool d'avoir
cette expérience-là pour voir que ce n'est pas que du théorique, ce n'est pas que des
plans qu'on imagine, qui ne sont pas des vrais projets, que ce n'est pas qu'une fois
arrivée dans le monde professionnel qu'on arrivera à aboutir à un niveau de finition
tel qu'il est là, et qu'on en est capable, que ce soit les L1 ou les M1, et toutes les
années confondues, avec notre niveau d'expérience à nous, avec les compétences qu'on a acquises,
on est capable de faire des choses qui rendent super bien, et c'est super intéressant d'y
confronter et de s'en rendre compte.
Justement, on arrive au bout de l'expérience vécue, et de ce que vous avez compris ou
appris en termes de compétences, ça serait quoi la projection dans un futur professionnel ?
J'imagine que vous n'êtes pas au même niveau, ce n'est pas les mêmes temporalités,
comment vous pourriez se projeter ?
La projection, c'est un peu, on pourrait dire, une validation de cette projection,
dans le sens où là, on fait de l'aménagement, tout le monde acquiert des trucs, des compétences,
et on se dit, ça nous offre aussi un panel de choix de métiers, par exemple, la team
de la com, ils pourraient bosser dans la com aujourd'hui, tellement ils sont forts,
vu tout ce qu'ils nous ont proposé, mais en même temps, ils ont tout leur diplôme
derrière qui va arriver, soit en paysage, soit en horticulture, donc mêler tout ça,
la projection elle est tellement multiple, pour certains, c'est une confirmation de
choix, d'autres, c'est une réorientation, c'est une validation.
Je pense que ce n'est pas possible en L2 d'avoir le même niveau de projection qu'un
élève de M1 dans tous les cas, mais je sais que moi, je n'ai pas envie de travailler
dans l'opérationnel, ce serait plus de la gestion de grands territoires, j'ai envie
de travailler sur du paysage à revaloriser et à protéger, plutôt que de concevoir
des espaces urbains, j'ai envie de travailler sur une plus grande échelle, et c'est vrai
que ce n'est pas une échelle qui correspond à l'échelle qui est celle de l'ExpoFlow,
par exemple, mais pourtant, l'ExpoFlow, c'est un enseignement qui n'est pas noté,
mais c'en est un, finalement, tous les deux ans, et moi, j'ai le sentiment que j'acquierre
encore plus de nouvelles compétences, je suis beaucoup plus efficace sur plein de choses,
et je pense qu'au niveau de la réflexion d'un projet, quel qu'il soit, quelle que
soit l'échelle, il y a une vision à avoir, la vision d'un paysagiste, et ici, on peut
commencer à l'acquérir avec l'ExpoFlow, avec cette technicité qui doit être au service
du plan qui a été conçu avant, et rebondir sur le terrain, quelle que soit l'échelle
du paysage choisi, s'il y a un couac dans le design du plan et qu'il faut retrouver
une solution, ce n'est pas nos cours d'aménagement paysager qui nous offrent ça, c'est la façon
dont on sait se débrouiller, et là, aujourd'hui, avec l'ExpoFlow, on apprend à se débrouiller,
on apprend à bricoler, du bricolage fondamental pour toute notre vie.